• La chasse à courre

     

    Introduction sur la chasse à courre

    Pour vous l’image de la chasse à courre, appelée aussi vénerie, est encore, sans doute, de grandes allées cavalières dans de grandes forêts, avec des cavaliers bien vêtus qui galopent, avec des chiens obéissants, qui poursuivent un animal choisi, mais qui semble avoir quand même quelques chances de s’en sortir…

    Ce n’est pas complètement faux, mais c’est oublier l’envers du décor derrière les équipages les plus riches : parfois jusqu’à 300 voitures de suiveurs, communiquant entre elles par téléphone portable pour suivre les dizaines de veneurs à cheval. Tout ça pour un animal qui n’a d’autre tort que de survivre dans un coin de forêt…

    C’est oublier aussi que la chasse à courre, au même titre que la corrida, est avant tout une mise en scène d’un animal que l’on torture avant de le mettre à mort, en suivant un cérémonial tout droit sorti de pratiques aristocratiques vieilles de plusieurs siècles. Elle donne lieu à des fêtes avec musique et souvent une messe de St Hubert, patron des chasseurs*.

    C’est « la tradition », dans ce qu’elle a de plus abject quand elle justifie des coutumes cruelles qui n’ont rien à faire dans un monde civilisé, au même titre que l’excision des femmes, la lapidation ou encore l’esclavage. Il est curieux de constater l’empressement de notre société à lutter contre des traditions qui se déroulent loin d’elle, tout en regardant avec bienveillance celles qui sont « bien de chez nous ».

    Et puis la chasse à courre qui se développe actuellement en France, c’est surtout la vènerie « du pauvre », celle qui se pratique avec des rabatteurs en treillis, quelques chevaux loués pour faire illusion et en prenant quelques « libertés » avec la réglementation – en particulier lors des relais des chiens – celle aussi qui se pratique à pied.

    Mais quoi qu’il en soit, qu’il y ait des chevaux, des rabatteurs, des relais de chiens ou non, une chasse à courre se termine par la mort inutile d’un animal sauvage, au nom de l' »instinct du chasseur ». Pas mal pour une espèce qui se prétend supérieure aux autres par sa capacité à surmonter ses instincts, justement…

    * On rappellera toutefois que St Hubert renonça à la chasse après avoir été ébloui par une croix entre les bois d’un cerf et entendu une voix lui disant: « Tu chasses et tu oublies ton salut! » Hubert pourrait être le saint des non chasseurs…

    Les veneurs représentent 0,01% de notre population et nous sommes 73% à nous opposer à la chasse à courre !
    Rares sont les exemples aussi flagrants d’une loi créée pour une minorité contre la volonté de la majorité !

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    Cerf achevé dans un étang (scène fréquente, appelée bas l’eau)

     

    Une pratique très cruelle

    Une meute de chiens, suivi par des cavaliers, poursuit durant plusieurs heures l’animal chassé. Celui-ci finira par s’épuiser et se laisser rattraper. Lorsqu’il s’agit d’un cervidé, il est fréquent que les veneurs le frappent avec des barres de fer pour lui faire plier les genoux. Il sera ensuite poignardé ou parfois noyé. Les animaux plus petits (lièvres, lapins, etc.) sont très souvent déchiquetés vivants par la meute. Il est évident que ces animaux sont victimes d’un stress très important et de grandes souffrances, d’ailleurs des examens de tissus musculaires l’ont prouvé.

     

    Une nuisance pour toute la faune

    Alors que des documents, tels que ceux de l’ONF, recommandent d’être discret lors de nos promenades en forêt afin de ne pas déranger la faune, les veneurs se permettent de rompre cette tranquillité. En effet, les chasses à courre sont très perturbatrices pour les animaux sauvages. Comme le nom l’indique, « chasse à cors et à cris », elles sont extrêmement bruyantes et les allées-venues sans cesse de la meute suivie des cavaliers empêchent la faune de se nourrir et de se reproduire en toute quiétude. De plus, des véhicules tout terrain sont généralement utilisés, ce qui accentue cet effet néfaste pour le milieu et ses habitants.

     

    Pratiquée même pendant la période de reproduction

    La chasse à courre se pratique jusqu’au 31 mars. Or, au mois de mars, la chasse au tir est terminée, car les laies doivent nourrir leurs marcassins, les lièvres sont en pleine période de reproduction, les biches ne vont pas tarder à mettre bas et les renards ont leurs petits à nourrir.

    Ainsi, les veneurs s’amusent à perturber et tuer les animaux sauvages même en période de reproduction !

     

    L’irrespect des propriétés privées, et danger

    Lors des chasses à courre, l’avis des propriétaires n’est pas demandé. Les veneurs ont en effet le privilège de pouvoir violer les propriétés privées ! L’article L 224-4 du Code rural : « Pourra ne pas être considéré comme une infraction, le fait du passage des chiens courants sur l’héritage d’autrui lorsque ces chiens seront à la suite d’un gibier lancé sur la propriété de leur maître, sauf l’action civile, s’il y a lieu, en cas de dommage. ». De plus, ces chasseurs disposent aussi d’un « droit de suite » pour mettre à mort l’animal chassé chez des particuliers ! Parfois même le cerf poursuivi se réfugie dans un jardin en ville (cela a été plusieurs fois le cas à Compiègne). Lorsqu’il est pris, mourant d’épuisement, l’animal est « servi » (tué) à l’arme blanche.

    Il est totalement anormal que les veneurs puissent ainsi chasser légalement sur la propriété privée d’autrui sans son consentement, et inadmissible qu’ils mettent à mort l’animal même si le propriétaire des lieux s’y oppose !

    Il n’est pas rare que l’animal chassé, suivi de la meute, traverse une route, ce qui constitue un problème de sécurité non négligeable. Les veneurs n’hésitent pas eux aussi à se déplacer en utilisant les routes.

    Extrait de l’article R224-1 réglementant la chasse à courre

    « Les relais en voiture et en camions sont interdits. Il est toutefois toléré, sauf pour la vénerie du lièvre, que six chiens au maximum soient transportés dans un véhicule pendant la chasse ; ils doivent être donnés en une seule fois en la présence d’au moins un cavalier. »

    Autrement dit, s’il est interdit de poursuivre l’animal en voiture, il n’est pas interdit de se déplacer d’un point à un autre en voiture. Nous savons par des chasseurs que cette permissivité est largement utilisée pour transporter et lâcher des chiens en pleine forme sur l’animal qui commence à s’essouffler. Les chiens se relaient sur le cerf, lièvre, sanglier ou chevreuil, qui est poursuivi jusqu’à épuisement.

    En raison de la configuration du terrain, il est souvent impossible de suivre les chiens : barrières, rochers, broussailles, etc. Les chiens doivent donc être lâchés, y compris lorsqu’ils sont relayés en présence d’au moins un cavalier (qui doit être là uniquement pour le lâcher des chiens. Après…!). Résultat : lorsque les chiens arrivent seuls sur une zone de « réserve », même s’ils sont très obéissants, ces zones ont toutes les chances de ne pas être respectées (ils ne savent pas lire !).

     

    Une pratique de plus en plus impopulaire

    Chaque année, des chasses à courre se terminent dans des villages. Cela permet de constater à quel point cette pratique est impopulaire.

    Comme le témoignent des articles de journaux, les habitants sont choqués par la cruauté, la violence et l’arrogance dont les veneurs font régulièrement preuve.

     

    La meute de chiens

    La vie des chiens des veneurs est loin d’être agréable.

    Enfermés la quasi-totalité de l’année dans des chenils, ils sont considérés comme de simples outils : jamais caressés et supprimés ou abandonnés s’ils se révèlent trop joueurs ou pas assez performants.

    Vous êtes-vous déjà demandé l’avenir des chiens jugés « trop » vieux ?

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    Comme le témoigne cette photo, les coups ne sont pas rares… !

     

    Un loisir aristocratique d’un autre âge

    L’entretien d’une meute et d’un équipage coûte en moyenne 150 000 € par an ! On comprend mieux pourquoi la chasse à courre était un privilège d’ancien régime : « Les différences sociales, dont tous prétendent atténuer au moins la visibilité dans la société, sont au contraire exacerbées lors des chasses à courre. Les maîtres, généralement des aristocrates, caracolent en grand uniforme sur leur cheval, tandis que la valetaille suit ou piétine dans ses bottes en caoutchouc. »

     

    Interdite dans la plupart des autres pays

    La plupart des pays européens ont interdit la chasse à courre : l’Allemagne en 1950, la Belgique en 1995, l’Ecosse en 2002 et même l’Angleterre en 2005, alors qu’il s’agit du pays d’origine de la vénerie ! Elle n’est pas pratiquée dans beaucoup d’autres pays, au Pays-Bas, au Luxembourg et en Suisse par exemple.

    Dans l’Est de la France, de nombreux participants viennent de Suisse ou d’Allemagne, pays où cette pratique est interdite depuis des décennies. Idem maintenant avec les Britanniques dans le Nord-Ouest, depuis que la chasse à courre a été interdite en Grande-Bretagne. La France devient le défouloir de tous les frustrés.

     

    Les arguments des veneurs

    La chasse à courre est une tradition

    Il faut savoir évoluer et supprimer les traditions cruelles et obsolètes. On a interdit l’esclavage, la peine de mort, faisons de même pour la révoltante chasse à courre.

    Elle permet de réguler les cervidés

    Croyez-vous sincèrement que la motivation des veneurs est d’aller « réguler » les cervidés ?

    De plus, si des cervidés se retrouvent en surpopulation, il existe de nombreux moyens pour réduire leur population. En aucun cas ils doivent être poursuivis pendant des heures jusqu’à épuisement pour être achevés à la dague ou noyés !

    Elle reproduit le comportement naturel des prédateurs avec leurs proies

    Absolument faux. Il n’existe aucun prédateur chassant en meute dont la technique consiste à poursuivre sa proie durant des heures jusqu’à la rattraper une fois celle-ci totalement épuisée. Les prédateurs naturels ont une chasse très rapide et très courtes.

     

    Quelques citations et témoignages

    « Les six chiens, la gueule levée, l’entouraient de ces cris profonds, gutturaux, sauvages qu’ils ont seulement pour les abois.
    – Mais pourquoi se cogne-t-il ainsi aux arbres, Laverdure ? demanda Jacqueline.
    – Il est aveugle Madame la baronne répondit le piqueux… Ca arrive quelquefois avec les cerfs forcés. Il y a quelque chose qui leur éclate dans la tête, et puis ils n’y voient plus. »
    Maurice Druon – (La chute des corps)

    « Ils voulaient égorger de la manière la plus immonde un cerf, bel animal hébété, perdu et résigné. Ils lui ont d’abord jeté des pierres pour qu’il reste acculé le long de la clôture, puis avec une barre de fer, ont essayé de lui faire plier les pattes arrières ; deux hommes lui ont attrapé les bois lui tordant la tête jusqu’à terre pendant que le troisième lui enfonçait une lame dans le cou, ceci à plusieurs reprises. Ne parvenant pas à finir l’animal, toujours debout et blessé, ils l’ont tiré sur plusieurs mètres pour l’égorger loin des regards indiscrets. »
    Bruno Cardon

    « C’est en entendant assez régulièrement les horreurs de la chasse à courre et après avoir vu, petit, un cerf fonçant droit dans des barbelés pour échapper à ses poursuivants, que j’ai été profondément choqué par ce « loisir ». »

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